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Affichage des articles associés au libellé Fantastique

Les sables de la mémoire

Je ne savais plus où je me trouvais. Mon regard avait beau scruter le paysage qui m’entourait, aucun souvenir ne me revenait à l’esprit. J’étais au milieu d’un désert, le soleil à son zénith me faisait cligner des yeux. La chaleur m’écrasait, et pourtant je frissonnais, comme si quelque chose en moi refusait cet endroit. Je devais rassembler mes souvenirs pour comprendre ce que je faisais là. Tout à coup, comme sorti du néant, je l’aperçus. Un petit garçon, vêtu de vêtements déchirés, me regardait avec insistance. Il se tenait droit, immobile, au milieu de cette étendue sans fin. Son visage était couvert de poussière et de cendres, et ses yeux, d’un noir profond, semblaient bien trop anciens pour son âge. Une partie de son corps portait les traces d’une brûlure mal cicatrisée. Pourtant, il ne se plaignait pas. — Tu es revenu, dit-il simplement. Sa voix était calme, presque lasse. — Revenu d’où ? demandai-je. Je sentis alors le poids invisible sur mes épaules. Quelque chose de lourd, de...

La brume de Noirmoutier

Il était une fois, sur l’île de Noirmoutier, un soir de décembre où le vent de l’océan semblait porter en lui tous les secrets du monde. C’était l’un de ces jours suspendus, à la lisière de l’hiver, quand la terre retient son souffle et que le réel paraît plus fragile, comme s’il suffisait d’un pas de côté pour en fissurer la surface. Nous avions pris la route ensemble, presque instinctivement, pour traverser les sentiers cachés de l’île. Ces chemins de sable et de sel que seuls connaissent ceux qui y ont laissé un peu de leur enfance, et qui savent que certaines promenades n’ont pas besoin de destination. À mes côtés, une présence familière, solide, silencieuse quand il le fallait, toujours attentive. Une amitié ancienne, débarrassée des mots inutiles, faite de regards et de respirations partagées. Nous longions le port du Bonhomme, où les bateaux dormaient sous une lumière d’étain, bercés par l’eau noire. Puis La Guérinière glissa derrière nous avant que la route ne s’étire vers L’Ép...

La femme de poussière

La poussière de la piste dansait dans les derniers souffles du jour. Même l’habitacle hermétique ne parvenait pas à l’empêcher de s’infiltrer, comme si elle cherchait Elias depuis toujours. Elle glissait sur le tableau de bord, argentée, bruissante, pareille à une cendre vivante qui essayait de lui parler. Elias roulait depuis des heures. Là-bas, derrière les collines basses, la nuit se rassemblait déjà, lente, majestueuse, prête à descendre d’un seul geste comme une reine fatiguée de sa patience. Il n’avait pas voulu l’affronter ici, sur cette piste qui n’apparaissait sur aucune carte , plus précisément, sur celles des hommes. Mais le soleil tombait plus vite que prévu. Comme s’il fuyait quelque chose. Les voix du village résonnaient encore en lui, lourdes de ce que la peur retient trop longtemps : Des lumières dans le ciel. Des formes gigantesques, plus vastes que les nuages. Des ombres qui glissent sans bruit. Personne ne s’attardait sur la piste au crépuscule. Personne, sauf lui. L...

Le point d'orgue

Dans la cité d’Armonia, nul n’avait jamais entendu un mot. Les habitants y parlaient par vibrations : un langage fait de souffles, de cordes pincées, de résonances flottantes. Chaque émotion avait sa couleur sonore, chaque pensée son rythme secret. Les conversations se déroulaient comme des partitions vivantes, improvisées, mouvantes. Rien n’était figé. Tout était musique. Aelia aimait profondément ce monde. Au lever du soleil, lorsqu’elle traversait la place des Vents, elle percevait les premières notes du matin : les salutations en arpèges délicats, les marches légères, les rires qui sonnaient comme des percussions de cristal. Elle humait ces musiques comme d’autres respirent l’air. Pourtant, parfois, une nuance la troublait. Il lui semblait que certaines émotions dépassaient les notes. Qu’une partie d’elle cherchait quelque chose que même les accords les plus parfaits ne parvenaient pas à décrire. Elle ignorait ce qu’elle attendait. Mais elle savait qu’elle attendait quelqu’un. Un s...

Le reflet

Le réveil est compliqué. Ma respiration saccadée peine à retrouver un rythme normal, comme si mon corps refusait d’admettre que je suis encore vivant. Je ne pensais pas être témoin , et encore moins acteur , de l’événement qui venait pourtant d’avoir lieu. Les souvenirs défilent par vagues, lourds, poisseux, imprécis… comme si je tentais de rassembler les morceaux d’un cauchemar qui s’est réalisé. Personne, au départ, ne croyait possible une nouvelle guerre. On pensait que l’humanité avait retenu les leçons du passé, que les grandes tragédies avaient vacciné le monde contre lui-même. Pourtant, les signes étaient là. Pour chacun. Pour moi aussi. Les premières flammes étaient discrètes, timides même, presque honteuses. Une remarque acerbe aux informations. Une tension diplomatique présentée comme « sans gravité ». Un voisin qui changeait de regard, un collègue qui murmurait des phrases inquiétantes. Des mots jetés sur les réseaux comme des étincelles sur une forêt sèche. Chacun voyait qu...

La dame de la brume

La journée s’annonçait triste. Le ciel était gris, chargé de neige, comme si l’hiver hésitait encore à s’abattre d’un seul geste. J’avais décidé d’aller marcher le long de la Moselle. La décision n’avait rien d’extraordinaire. Et pourtant… quelque chose dans l’air semblait retenu, suspendu, comme une note de musique qui n’ose pas mourir. La rivière dormait, plate et sourde. Le silence y avait élu domicile depuis longtemps. Seule une brume légère s’accrochait aux rives, cherchant à grimper dans les arbres comme des doigts hésitants. Puis je les remarquai. Des empreintes. Fines, délicates, presque irréelles. On aurait dit des pas faits par une présence trop légère pour troubler la neige… mais trop réelle pour n’être qu’un mirage. Un halo bleuté les entourait. Un souffle de lumière qui n’appartenait ni au jour ni à la nuit. Je les ai suivis , parce que certaines traces ne se contournent pas. On les suit comme on suit une voix oubliée. La brume s’épaissit autour de moi, mais ce n’était pas...

Mirage

On enseigne que le temps s’écoule, qu’il progresse, qu’il trace une ligne entre un hier défunt et un demain encore invisible. On le divise, on le mesure, on l’enferme dans des cadrans qui battent comme si leur cadence décrivait l’univers. C’est là la première illusion. Le temps n’avance pas. Il ne recule pas. Il n’est pas une route. Il est un miroir immobile dans lequel notre conscience glisse, croyant se déplacer alors qu’elle ne fait que s’allumer et s’éteindre, fragiles étincelles sur une immensité silencieuse. Un jour , ou peut-être était-ce une nuit, ou quelque interstice entre les deux , une fissure s’ouvrit dans cette illusion. Non pas un événement spectaculaire, mais une compréhension soudaine, un effacement du voile familier. La découverte fut brutale dans sa simplicité : l’existence n’est qu’un souffle, une apparition presque instantanée dans une mer de temps qui n’a ni début ni fin. Nous ne vivons pas dans le temps. Nous flottons sur une surface que nous ne percevons qu’à tr...

La dernière mesure

Notre vie est loin d’être une partition déjà écrite. À un tempo succède un autre, imprévisible, parfois dissonant, souvent sublime. Et pourtant, imaginons un monde où la mélodie de chaque existence serait déjà composée, notée, datée , du premier cri au dernier souffle. Un monde où, à la naissance, l’on connaîtrait l’heure exacte de sa mort. C’est dans ce monde-là qu’Élise et Adrien virent le jour. Deux enfants d’automne, nés à quelques heures d’écart, sous un ciel lavé de pluie. Comme tous, leurs parents reçurent le certificat du destin, ce document scellé d’un sceau d’argent, où figuraient en lettres nettes et froides la date et l’heure de la fin. Pour Élise : 6 juin, à 17 heures. Pour Adrien : 6 juin, à 17 heures. Tous deux devaient mourir à trente-deux ans. Même jour, même heure . Ils grandirent sans se connaître, mais avec cette même ombre au-dessus du cœur , cette certitude d’un terme fixé, inévitable. Certains vivaient dans la peur, d’autres dans le déni. Élise écrivait pour appr...

ô du bateau

La Seconde Guerre mondiale avait mis à feu et à sang le monde. Les discours, la philosophie, les grandes envolées d’avant-guerre n’avaient plus de place, quand on affamait les gens et qu’on les jetait, sans défense, sur les routes bombardées. Mais sur les côtes vendéennes, la vie reprenait lentement, entre la peur du lendemain et la nécessité de vivre. Dans le goulet de Fromentine, les carcasses des bateaux de guerre allemands reposaient, englouties par les sables et les courants. Ces monstres d’acier, mangés de rouille, étaient devenus le repaire des homards et des crabes , une manne pour les pêcheurs de la région. On savait bien que c’était dangereux d’y poser des casiers, mais la faim n’écoute pas la prudence. Ce matin-là, la mer était grosse. Le vent hurlait du large, soulevant l’écume. Pierre, Guy et Jean avaient décidé de sortir quand même. Trois jours plus tôt, ils avaient jeté leurs casiers près d’une vieille épave. La sardine se faisait rare, la conserverie de Fromentine tourn...

L' heure du cœur

On prend beaucoup de précautions avec moi. Les mots doivent être justes, taillés dans la clarté, pesés comme des pierres précieuses dans la paume du silence. Le temps aussi a son importance , il me traverse, m’habite, me façonne. Un souffle de trop, un battement manqué, et je perds mon sens, je me déforme, je deviens autre. Je le sais. Car je suis faite de cette substance fragile qu’on appelle attente. Je me dois, par-dessus tout, d’être ponctuelle. C’est une question de survie. Les phrases qui arrivent trop tôt ne sont pas entendues ; celles qui viennent trop tard meurent à la porte du cœur. Je suis née dans une lumière d’ambre, un soir où le vent chuchotait contre les vitres. Je me souviens du premier frisson d’encre sur la page , cette naissance à la fois brûlante et glacée. Mon créateur écrivait lentement, comme s’il me tirait d’un rêve qu’il craignait de briser. Ses mots n’étaient pas seulement des signes : ils étaient des battements. Je les sentais vibrer en moi, emplir mes ligne...

La vallée des fées

​En débutant la lecture de cette nouvelle, je vois votre sourire en coin. La Vallée des Fées, pourquoi pas, le rocher des lutins ? Je vous laisse juger après la lecture de ce récit. ​Mylène adorait se promener dans cette vallée. Beaucoup de souvenirs de son enfance étaient liés à cet endroit. C'était un lieu où la lumière filtrait toujours d'une manière particulière, caressant les mousses phosphorescentes qui recouvraient les rochers et les troncs centenaires. Le murmure du ruisseau, un filet d’argent qui serpentait au fond, était la seule musique. ​Sa promenade était sans doute la dernière. La maladie, une ombre froide et persistante, avait fini par la rattraper. Chaque pas lui coûtait désormais un effort surhumain, mais elle s’y accrochait, cherchant dans le vert profond de la vallée une dernière bouffée de son enfance, une dernière échappatoire à la douleur. Elle avait besoin de dire adieu à ce lieu sacré. ​Alors qu’elle s'asseyait, le dos contre le tronc d'un chêne ...

Décalage

Ma montre indiquait sept heures. Le ciel, pourtant, avait la couleur d’un matin déjà bien avancé. Les ombres étaient trop courtes, la lumière trop franche. Quelque chose n’allait pas. Une femme passa, pressée, un café fumant à la main. — Excusez-moi, vous avez l’heure ? Elle me jeta un regard distrait. — Dix heures. Puis elle s’éloigna, sans me laisser le temps de la remercier. Dix heures. Je regardai ma montre — sept. Mon téléphone — sept aussi. Le monde semblait m’avoir distancé de trois heures, comme si je marchais en dehors de son rythme. Je me suis mis à courir, sans vraiment savoir pourquoi. Lorsque j’arrivai au travail, mon responsable m’attendait sur le seuil. — Vous avez vu l’heure ? Ici, on ne commence pas à onze heures mais à huit ! J’ouvris la bouche, mais aucun mot sensé ne me vint. Allais-je vraiment parler de décalage du temps ? J’aurais eu l’air fou. Les jours suivants, les incohérences se multiplièrent. Le soleil se levait à des heures imprévisibles, les horloges du bu...

Équinoxe

Dans le village de Barbâtre, tout le monde connaissait Gus. De son vrai nom Auguste, mais personne ne l’appelait ainsi, pas même le maire. Gus, c’était un peu l’âme du village , un être de sel et de vent, toujours prêt à tendre un panier ou à partager un morceau de sa pêche. Il connaissait tous les coins de la côte : les roches où dorment les crabes, les passes où le courant charrie les soles, les failles où s’accrochent les coques. Il revenait toujours avec des prises incroyables, comme si la mer, reconnaissante, lui faisait des cadeaux. Grâce à lui, dans le village, les tables ne restaient jamais vides. Les plus anciens disaient qu’il parlait à la mer comme à une amie, qu’il la comprenait, qu’elle le comprenait aussi. Chaque année, à la fin septembre, Gus attendait les marées d’équinoxe avec une ferveur silencieuse. C’était le moment où tout se jouait, où la mer et le ciel semblaient se confondre dans une lumière trouble, ni tout à fait jour, ni tout à fait nuit. Ce matin-là, il se l...

Le prix du silence

Louis se réveilla en sursaut. Une clarté laiteuse filtrait à travers les volets clos, étirant sur le mur les ombres fragiles d’un matin sans forme. Il tourna la tête vers le réveil : 8 h 47. Déjà en retard. Pourtant, ce n’était pas le temps qu’il redouta, mais l’absence de bruits . Une absence absolue. Pas de moteur, pas de pas dans l’escalier, pas même le souffle du vent. Le monde semblait suspendu, vidé de son murmure. Depuis des années, ce tumulte quotidien l’étouffait. Les klaxons, les voix, les disputes du voisinage, le brouhaha continu de la ville , tout cela formait autour de lui une armure sonore dont il rêvait de se libérer. Combien de fois, dans la solitude de ses nuits, avait-il murmuré :  " Je donnerais n’importe quoi pour que tout se taise" . Ce matin-là, le vœu semblait exaucé. Il ouvrit la fenêtre : la rue dormait. Les arbres, figés. Les voitures, immobiles. Même la lumière semblait s’être arrêtée, hésitante. Un frisson le parcourut. Il enfila ses vêtements, de...

L ' image

La chaleur s’installait plus vite que jadis. La Martinique faisait elle aussi face aux défis climatiques. Avant même que le soleil ne s’élève, l’air vibrait d’une lourdeur que les anciens n’auraient jamais imaginée. Mon guide, un Préchotin aux gestes économes, avait insisté pour que nous partions avant l’aube, « avant que la chaleur ne se glisse dans nos os », avait-il dit. Nous marchions entre les champs de bananes, d’ananas et de canne à sucre, ce trio qui avait façonné le paysage et nourri les générations. Mais la terre y respirait de plus en plus fort, haletante, comme si elle cherchait encore à tenir debout malgré l’étouffement du climat. Le guide portait sur sa tête un bakoua, chapeau tressé aux larges bords, qu’il tapotait de temps en temps pour le maintenir en équilibre. Il m’expliqua qu’autrefois, ce simple couvre-chef servait à bien plus qu’à se protéger du soleil : — Le bakoua, c’est un rempart contre la nature quand elle se fait dangereuse. Tu peux même y arrêter la chute d...

L' aventure ne s' arrête pas là

Allumer la télévision, en 2026, est devenu un geste lourd de conséquences. Chaque bulletin d’information apportait son lot de drames : crises politiques, menaces de guerre, catastrophes environnementales… La peur semblait ronger la planète sans relâche. À La Guérinière, sur l’île de Noirmoutier, Guy vivait seul dans une modeste maison tournée vers la mer. À soixante-onze ans, il aimait encore marcher le long des dunes pour respirer. Sur un petit meuble, un cadre accueillait la photo de ses deux filles, enfants. Elles avaient pris leur envol depuis longtemps, avec des contacts espacés mais réconfortants, de temps à autre. Guy étouffa un soupir et éteignit la télévision. — Ils finiront par nous rendre fous avec leurs prédictions de malheur… Il enfila sa veste et sortit. Le vent marin, d’ordinaire apaisant, portait ce matin-là une tension mystérieuse. Il longea la plage, ses pas s’enfonçant dans le sable encore humide de la nuit. C’est alors que le ciel changea. Une lueur étrange, métalli...

Vous avez dit, Lutins

Souvent, l’hiver, au coin du feu, ma grand-mère me racontait des histoires. Je les adorais, même si elles me donnaient des frissons. Elle parlait de sorcières cachées dans les marais salants, de silhouettes errantes sur le passage du Gois… et surtout, de lutins. Ces petits êtres malicieux vivaient, selon elle, tout au bout de l’île de Noirmoutier, là où la mer protège ses secrets. Parmi toutes ses histoires, celle du rocher de L’Herbaudière me fascinait le plus. Elle affirmait que sous ce bloc de granit, battu sans répit par les vagues, se cachait la porte du monde des lutins. Elle disait les avoir vus, une nuit où la lune éclairait la côte comme un phare : de petites silhouettes dansant au bord de l’eau, rapides et joyeuses. Dans mon lit d’enfant, j’avais du mal à m’endormir après ça. Je retenais mon souffle, pensant qu’un lutin pourrait surgir de l’ombre. Les années ont passé. L’âge adulte m’a appris à ranger les mystères dans des boîtes fermées, à appeler « imagination » ce qui fais...

Crépuscule

Lorsque l’heure du crépuscule sonne dans une vie, tout s’apaise. Le tumulte des jours, les éclats de voix, les battements précipités du cœur , tout semble s’éloigner, comme si le monde, soudain, retenait sa respiration. Entre le jour qui s’éteint et la nuit qui s’annonce, il n’y a plus de certitude, seulement une brume où se mêlent la mémoire et le rêve. Je regarde en arrière. Il y a tant de pas derrière moi, tant de chemins empruntés, tant d’autres ignorés. Le passé s’étend comme une plaine silencieuse où chaque pierre porte le poids d’une décision. Ce qui a été fait ne peut plus être défait. Les heures, une fois vécues, se cristallisent en destin. Et moi, humble voyageur du temps, je me surprends à compter mes erreurs, à mesurer mes absences, à caresser du bout des doigts les cicatrices de ce que j’ai manqué. Le crépuscule, c’est ce moment où l’on comprend que le passé n’appartient plus à personne. Il devient un pays que nul ne peut visiter sans se perdre. On peut y revenir par la pe...

Sous le silence du Sahel

Le véhicule tout-terrain roulait à vive allure. Ici, les seules limitations de vitesse étaient celles imposées par les imperfections du désert. Le moteur vibrait comme un cœur mécanique, et la poussière dorée que nous laissions derrière nous s’étirait dans le ciel bas du crépuscule. Je faisais entièrement confiance à Ismaël, mon guide. C’était un homme du désert : sa peau burinée, son regard d’une profondeur tranquille semblaient faits de sable et de lumière. Il connaissait les replis des dunes comme d’autres connaissent les rues de leur enfance. Quand il me montra sa montre, je compris que l’heure du bivouac était venue. En quelques gestes, précis et silencieux, il dressa la tente, alluma un feu et posa une vieille bouilloire cabossée sur les braises. — Le thé, me dit-il, doit d’abord être amer pour réveiller l’âme, puis sucré pour l’adoucir. La nuit tombait vite. Le vent s’était tu, laissant au monde ce silence immense qui pèse sur le désert après le jour. Le sable refroidissait, et ...

Face à la mer

Face à la mer, la beauté du paysage s’imposait . Les vagues se succédaient, dociles et régulières, effaçant les traces laissées sur le sable. Autour, les silhouettes assises goûtaient le même spectacle, chacune dans son silence. Le temps semblait immobile, presque sacré. Puis tout bascula. D’abord, ce fut une vibration dans l’air, à peine perceptible, comme un bourdonnement lointain. Ensuite, le ciel, d’un bleu limpide, s’assombrit d’ombres mouvantes. Des objets volants surgirent à l’horizon, grandissant à mesure qu’ils approchaient. Leur formation géométrique trahissait une logique, une mécanique froide. Les regards se levèrent. L’étonnement glissa vers l’effroi. Ils survolèrent le petit port et, dans une précision implacable, ouvrirent leurs flancs. Des bombes chutèrent. La première frappa le quai : une explosion aveuglante pulvérisa pierres et corps. Le souffle brûlant projeta des silhouettes à terre. La mer se cabra comme frappée de plein fouet, ses vagues se retirant pour revenir ...