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Infinity

Mes yeux avaient du mal à s’ouvrir. L’éclat du soleil était intense. Je ne ressentais aucune douleur. Un sentiment de plénitude remplissait tout mon être. J’entendais à peine les cris autour de moi. Seule la clarté du ciel m’attirait. Ce qui allait se passer pour moi ne me faisait pas peur. Pourtant c’était écrit, j’ allais mourir. Quand le souffle de Guy s’éteignit, il ne ressentit ni chute, ni rupture. Seulement une expansion. Comme si les limites de son corps s’effaçaient doucement, comme si quelque chose en lui, longtemps contenu, se déployait enfin. Le bruit de la guerre s’éloigna, puis disparut entièrement. À sa place, il y eut un silence immense… mais un silence vivant. Guy n’était plus sur le champ de bataille. Il était partout autour. Dans l’air chargé de poussière. Dans la lumière blanche qui tombait du ciel. Dans ce souffle invisible qui passait entre les hommes. Il comprit sans mots. Il ne s’était pas éteint. Il s’était mêlé à l’infini. En bas, le monde continuait. Gilbert ...

Un jour de Lune

Le matin, je commence par regarder les informations. Comme chaque matin, le monde jouait en direct sa partition devant moi. Les scènes holographiques étaient tellement réalistes que, lorsqu' une séquence avec des volomobiles se jouait devant moi, j’esquissais parfois un mouvement de recul. Les appareils traversaient les airs avec une fluidité irréelle, glissant entre des structures suspendues, contournant des dômes translucides qui captaient la lumière… Une lumière plus blanche, plus dure chaque jour. Une voix connue m’appelle depuis la cuisine. — Bonjour Guy, ta nuit a été agréable. Je te donne tes constantes si tu le désires. Je me permets de te rappeler la date : nous sommes le 24 mars 2126. Tu as rendez-vous aujourd’hui pour ton cycle de régénération. — Merci Clara pour le rappel, joins-toi à moi pour le petit déjeuner. Je me levai lentement. Mes articulations protestaient comme de vieilles machines qu’on remet en route. La gravité allégée n’y changeait plus grand-chose à mon â...

Voyage vers l' infini

Le matin est là. Il fait beau. Une lumière douce glisse entre les rideaux entrouverts, dessinant des lignes pâles sur le parquet. Le café fume dans sa tasse, lentement, comme une pensée qui hésite à se dissiper. Paul, lui, s’apprête à partir. Son esprit est déjà ailleurs. Il enfile sa veste sans vraiment y penser, ses gestes sont mécaniques, guidés par une seule obsession : l’équation. Depuis des mois, elle le hante. Il en connaît chaque signe, chaque variable… et pourtant, il manque quelque chose. Quelque chose de fondamental. Il s’approche de la table. Son carnet est ouvert, couvert de notes serrées, de ratures, de tentatives abandonnées. À côté, son téléphone repose, silencieux. Un nom y dort, quelque part dans la mémoire de l’appareil. Clara. Paul arrête une fraction de seconde. Son regard glisse sur le téléphone. Une idée fugace traverse son esprit. Appeler. Dire ce qu’il n’a jamais su dire. Revenir sur les silences, sur les absences, sur cette manière qu’il a eue de choisir toujo...

On peut rêver même en musique

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Le dernier pli

Guy le savait : il allait perdre. Les cartes qui restaient dans sa main n’avaient pas suffisamment de valeur pour le faire gagner. Il les tenait pourtant avec obstination, comme si la simple pression de ses doigts pouvait infléchir le destin. Autour de la table, les autres joueurs attendaient. Les jetons formaient un petit tas au centre, fragile promesse d’une victoire qui, déjà, semblait appartenir à quelqu’un d’autre. Au-dessus de sa tête, la télévision accrochée au mur déversait à flot continu les horreurs du jour. Les images défilaient sans répit : villes éventrées, colonnes de fumée, foules en fuite sous le hurlement des sirènes. La présentatrice parlait d’un conflit d’une ampleur inquiétante. Les experts utilisaient des mots pesants, presque irréels. — Une escalade qui pourrait devenir mondiale… Personne autour de la table ne semblait vraiment écouter. Les cartes glissaient sur le tapis usé, les jetons tintaient, les verres s’entrechoquaient. Guy leva les yeux vers l’écran. Une v...

L' amour sans limite

Le voilà prononcé, le mot magique. Le mot qui pourrait changer la face du monde. Un mot si simple qu’il tient dans un souffle, et pourtant assez puissant pour faire trembler les murs que les hommes ont dressés entre eux. Un mot qui fait tomber toutes les barrières, toutes les réticences envers l’autre. Un mot qui devrait suffire à rappeler que derrière chaque uniforme, chaque langue, chaque drapeau, il y a un cœur qui bat. L’amour. Et pourtant, dans le désert brûlant où la guerre faisait rage, ce mot semblait avoir été effacé. Le soleil écrasait la terre de sa lumière blanche. Le sable brûlait les mains, brûlait les yeux. Le vent soulevait parfois des voiles de poussière qui effaçaient les silhouettes des soldats. Depuis l’aube, les deux armées s’affrontaient. Des tirs secs déchiraient l’air. Des hommes visaient d’autres hommes qu’ils n’avaient jamais rencontrés. On leur avait appris à les appeler ennemis. Derrière une dune, Gilbert rechargea son fusil. Ses gestes étaient devenus autom...

À , venir

Depuis soixante ans, il était présent. Il vivait parmi eux dans une petite maison bordée d’arbres, dans une ville qui avait changé plusieurs fois de visage au fil des décennies. Les immeubles avaient grandi, les routes s’étaient élargies, les technologies s’étaient succédé. Mais lui était resté le même. Les gens qui le croisaient le saluaient poliment. Pour eux, il s’appelait Gilbert. Un homme discret, un retraité paisible qui lisait  et qui marchait souvent seul le long des rues tranquilles. Personne n’aurait imaginé qu’il n’était pas né sur cette planète. Ses parents humains, aujourd’hui disparus, n’avaient jamais su la vérité. Ils l’avaient élevé avec la tendresse simple des gens ordinaires. Ils lui avaient appris à parler, à marcher, à réfléchir. Ils l’avaient accompagné à l’école, encouragé dans ses études, regardé devenir adulte. Ils ignoraient que leur fils avait été remplacé quelques heures après sa naissance. La substitution avait été parfaite. Même ADN. Même structure cel...