Le billet
Comme chaque matin, la rue bruissait de cette indifférence polie qui lie les inconnus. Les épaules se frôlaient, les regards se croisaient sans s’arrêter. Moi, comme les autres, je marchais les yeux baissés, concentré sur le rythme de mes pas. Mes pieds, au moins, savaient où aller. Pourtant, ce jour-là, une pensée me collait à la peau : les factures entassées sur la table de la cuisine, le frigo vide, les appels que je ne parvenais plus à retourner. Un poids invisible, celui qui vous courbe l’échine sans que personne ne le voie. Et puis, il y eut le billet. Un rectangle de papier bleu et gris, posé là, sur le trottoir, comme abandonné par négligence. Vingt euros. Une fortune pour moi, ce matin-là. Assez pour un repas chaud, pour repousser d’un jour la peur du manque. Je ralentis. Personne ne semblait l’avoir remarqué. Les passants contournaient cet objet sans le voir, comme s’il n’existait pas. Je levai les yeux : aucun regard ne se posait sur moi. Je me penchai. Au moment où mes doig...