Pages blanches
La mémoire est l’élément indissociable de notre personne. Elle renferme ce qui a été notre vie. Nos joies minuscules, nos drames silencieux, les visages aimés, les promesses murmurées trop bas pour être entendues du monde. Elle est une vaste bibliothèque dont nous sommes à la fois l’archiviste et le lecteur. Mais parfois, un rayon entier s’effondre. Un livre disparaît. Et l’on reste là, à chercher un titre dont on ignore désormais le nom. Cette sensation de frustration et d’inquiétude me saisit un matin sur un quai de gare. Il faisait encore frais. Une brume légère flottait au-dessus des rails, avalant les silhouettes pressées. Les haut-parleurs diffusaient des annonces métalliques, hachées, presque irréelles. Autour de moi, des retrouvailles éclataient : des rires, des bras qui s'ouvraient, des baisers retenus trop longtemps. Moi, j’attendais. Du moins, je crois. Je savais que je devais être là. Je me souvenais avoir noté la date. Le numéro du train. L’heure d’arrivée. Mon cœur ba...