Juste la mer
Juste devant moi, elle était là. Son reflet bleu, jamais tout à fait le même, me remplissait d’une tranquillité qui n’appartenait pas à ce monde. Sur Aldébaran, rien ne changeait vraiment , sauf elle. Le gouvernement de la constellation d’Alpha Tauri avait tenté de l’annexer, comme on plante un drapeau sur une carte. Ils avaient échoué. Leurs sondes, plongées dans ses abysses, revenaient saturées de données incohérentes, leurs mémoires effacées comme par un souffle. On avait parlé de défauts de conception. On avait parlé de sabotage. Personne n’avait osé parler de volonté. Les plateformes d’extraction n’avaient pas été détruites. Elles s’étaient simplement éteintes, une à une, comme des bougies privées d’oxygène. Les systèmes fonctionnaient encore, l’énergie circulait, mais les réservoirs restaient vides. La mer ne refusait pas sa présence , elle refusait son exploitation. Elle ne criait pas son refus. Elle l’imposait, silencieuse, infaillible. Je restais sur la côte, jour après jour. ...