Les doigts du pianiste
Le clavier du piano ressemblait à une piste de danse. Sous la lumière feutrée, les touches blanches et noires s’alignaient comme les mots d’une lettre encore à écrire. Une lettre que seules des mains inspirées sauraient composer. Comme des entrechats effectués par des danseurs virtuoses, les doigts du pianiste couraient sur le clavier du piano. Mais ce soir-là, leur course n’était pas seulement grâce : elle était aveu. Chaque note semblait détachée avec la précaution d’un mot choisi pour ne pas blesser. Chaque silence avait la profondeur d’un regard qui hésite avant de se livrer. Il ne jouait pas. Il déclarait. Ses mains s’approchaient des touches avec la retenue de celui qui craint le refus. Elles effleuraient d’abord, presque timidement, comme si l’ivoire pouvait se rétracter sous l’émotion. Puis, peu à peu, la confiance naissait. Les doigts s’allongeaient, s’affirmaient, traçaient des arpèges plus audacieux , comme des phrases qui osent enfin dire « je t’aime » sans détour. Les grav...