Larmes de sang
Les larmes coulaient doucement le long de ma joue. Le mal ne pouvait être pire. J'avais beau serrer son petit corps contre moi, implorer tous les dieux de l’univers, Azad était mort. Notre village reposait au creux d’une oasis, fragile miracle entouré d’infini. Les maisons de terre, aux murs épais couleur de sable, s’alignaient autour du puits ancien. Des palmiers penchaient leurs silhouettes élancées au-dessus des toits plats. Ici, la vie était rude mais simple. Le matin, les femmes allaient chercher l’eau. Les hommes réparaient les clôtures. Les enfants couraient pieds nus dans la poussière dorée. Il y a quelques heures encore, Azad poursuivait une chèvre récalcitrante en riant. Son rire ricochait contre les murs d’argile. Puis le ciel s’est déchiré. Les monstres volants sont apparus sans prévenir, surgissant derrière la ligne tremblante de l’horizon. Leur grondement a écrasé les appels du muezzin et les cris des marchands. L’air lui-même semblait vibrer sous leurs ailes de métal...