Une nuit pas comme les autres


La nuit était déjà bien avancée, pourtant je ne trouvais pas le sommeil. Une foule d’idées remplissait mon esprit. Bonnes ou mauvaises, elles se croisaient, s’entrechoquaient à tout va.


Impossible de dormir, il valait mieux que je me lève.


Je restai quelques instants assis au bord du lit, écoutant le silence de la maison. Ce silence profond que l’on ne remarque jamais pendant la journée. La nuit, au contraire, il devient presque palpable.


Je me levai finalement et traversai le couloir. La maison dormait. Chaque objet semblait figé dans une tranquillité parfaite.


Dans le salon, la pénombre régnait, seulement troublée par la faible lumière d’un lampadaire dans la rue. Elle passait à travers les rideaux et dessinait des ombres molles sur les murs.


Je m’installai sur le canapé.


Sur la table basse reposait ma tablette. C’était devenu mon outil préféré pour écrire. Plus rapide que le papier, plus pratique que l’ordinateur. Et surtout, parfaite pour ces moments d’insomnie où les idées surgissent sans prévenir.


Je la pris et l’allumai.

La lumière de l’écran éclaira doucement le salon.


J’ouvris le fichier de mes nouvelles.


Mes doigts restèrent un instant immobiles au-dessus du clavier virtuel. Les idées continuaient de tournoyer dans ma tête, mais aucune ne semblait vouloir se poser.


Je soupirai.


Parfois les histoires se bousculent. D’autres fois elles refusent obstinément de naître.


Je levai les yeux vers la pièce.


Tout était calme.


Trop calme, peut-être.


Le rideau de la fenêtre frissonna légèrement. Une petite brise nocturne s’était levée. Rien d’anormal, et pourtant… une impression étrange s’insinua en moi.


Comme si je n’étais pas vraiment seul.


Je secouai la tête et regardai à nouveau ma tablette.

C’est alors que quelque chose apparut sur l’écran.


Une phrase.


Pourtant, je n’avais rien écrit.


Je fronçai les sourcils.

Les mots étaient bien là.


« Tu es enfin réveillé. »


Mon cœur accéléra.


Je touchai l’écran, pensant à une erreur, à une synchronisation étrange, à n’importe quelle explication raisonnable.


La phrase disparut.


Je restai immobile quelques secondes.


Puis, lentement, d’autres mots commencèrent à apparaître.


Lettre après lettre.


Comme si quelqu’un écrivait.

Mais personne ne touchait l’écran.

« Nous pensions que tu dormirais encore. »


Un frisson me parcourut.


— Qui écrit ça ? murmurai-je malgré moi.

Le silence du salon semblait s’épaissir autour de moi.

Puis une nouvelle phrase se forma.


« Nous. »


Je levai les yeux de la tablette.


Les ombres du salon semblaient différentes.


Je n’aurais pas su dire pourquoi. Les contours des meubles paraissaient légèrement déformés par la lumière venue de la rue. Les étagères projetaient des silhouettes plus longues que d’habitude.


Et j’eus soudain l’étrange sensation que ces ombres m’observaient.

Je regardai de nouveau l’écran.


Les mots continuaient de se former.


« Tu écris des histoires. »


— Oui… répondis-je à voix basse, sans trop savoir pourquoi.

La tablette resta silencieuse quelques secondes.


Puis la réponse apparut.

« C’est pour cela que nous sommes venus. »


Je sentis un mélange de peur et de curiosité m’envahir.

— Qui êtes-vous ?


Les lettres apparurent plus lentement cette fois.

« Ce que les hommes oublient. »


Je déglutis.

« Les idées qui n’ont jamais été écrites. »


Le rideau bougea encore, laissant entrer un souffle d’air frais.

« Les histoires perdues. »


Je regardais autour de moi.


Les ombres semblaient presque vibrer.

— Et… Vous êtes dans ma tablette ?


La réponse arriva aussitôt.

« Non. »


Une pause.


Puis la phrase suivante :

« Nous sommes dans la nuit. »


Je sentis un frisson courir le long de ma nuque.


La tablette éclairait toujours mon visage. Dans la pièce sombre, elle ressemblait presque à une petite fenêtre ouverte sur autre chose.


« Mais cette nuit… »

Les mots apparaissent un par un.

« …tu peux nous entendre. »


Je restai longtemps immobile sur le canapé.


Puis, malgré la peur, malgré l’étrangeté de la situation, je fis ce que tout écrivain amateur ferait sans doute dans un moment pareil.


Je posais les mains sur la tablette.

— D’accord, murmurai-je. Alors racontez-moi.


Pendant un instant, rien ne se passa.

Puis les lettres commencèrent à apparaître.


Lentement.


Comme si la nuit elle-même dictait les mots.


Et tandis que j’écrivais, entouré par les ombres silencieuses du salon, je compris peu à peu que cette nuit…


n’était pas une simple nuit d’insomnie.


C’était une nuit où les histoires venaient chercher leur auteur. 

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