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Affichage des articles associés au libellé conte de noel

Le siffleur de Noël

Dans le quartier, il était une image connue. On ne savait plus très bien depuis quand il faisait partie du paysage, ni même s’il avait un jour été autre chose qu’une silhouette familière. Il était là, simplement. Toujours au même endroit, ou presque. Un manteau trop grand, râpé aux épaules, une écharpe tricotée qui semblait avoir traversé plusieurs hivers, et ce regard un peu flottant, comme accroché à un monde que les autres ne voyaient pas. Chacun, en le croisant, lui adressait un petit mot gentil. — Bonjour. — Ça va aujourd’hui ? — Joyeuses fêtes… Parfois, on glissait une pièce dans sa main. Un geste rapide, discret, presque mécanique. Il accueillait l’offrande avec un léger hochement de tête, puis, pour remercier, il se mettait à siffler. Toujours un air connu. Une chanson populaire, une mélodie d’enfance, parfois un refrain ancien que l’on croyait oublié. Le son était clair, précis, étonnamment juste. Il s’élevait dans l’air froid, se glissait entre les immeubles, et accompagnait ...

Le silence de Noël

La télévision déversait pêle-mêle les informations du monde, comme un fleuve trouble dont on ne voyait jamais la source. Les images se succédaient sans transition : visages hagards, villes en ruine, enfants couverts de poussière, cris étouffés par le commentaire neutre des journalistes. Juste à côté de l’écran, sur la grande table recouverte d’une nappe immaculée, une dinde baignait dans son jus doré, promesse de fête et d’abondance. Guy resta debout un long moment, les bras ballants, incapable de détacher son regard de ce contraste obscène. La chaleur du four, l’odeur des marrons, les lumières du sapin… et la guerre, là, posée au milieu du salon, comme une invitée indésirable que personne n’osait nommer. — Comment peut-on fêter la paix quand il y a encore la guerre ? murmura-t-il. La question n’appelait pas de réponse. Elle se dissipa dans l’air tiède de la maison, se perdit dans le clignotement des guirlandes. Dans la cuisine, on riait. Les enfants couraient, excités par l’idée des c...

La montagne de feu

Les nuits du désert ont une manière particulière de raconter les commencements. Avant même que l’aube ne se lève, le sable frissonne comme une mer endormie, et le ciel, chargé d’étoiles, semble pencher vers la terre pour écouter les pas solitaires. C’est ainsi que débuta mon voyage, au cœur d’une saison froide que nul calendrier ne nommait encore Noël, mais où le monde, déjà, attendait une promesse. Je marchais vers la montagne aux flancs brûlés, celle que le vent entoure de silence et que la foudre reconnaît comme sienne. Chaque pas s’enfonçait dans la poussière dorée, et mes pieds glissaient sur la rocaille, tandis que la sueur de mon front se mêlait à la terre ancienne. Le vent soufflait avec violence, comme pour me détourner, mais la Voix qui m’appelait brûlait plus fort encore que le feu du midi. Je montais seul, portant le poids d’un peuple invisible derrière moi, et la soif d’une alliance encore à naître. Plus je m’élevais, plus l’air se chargeait de nuées épaisses ; les éclairs...

Hors du temps

Le froid s’était installé dans le véhicule comme une présence discrète, tapie quelque part entre le pare-brise et mes épaules. Par moments, la buée venait voiler les vitres, aussitôt repoussée par un souffle d’air tiède qui tentait, sans éclat, de réchauffer l’habitacle. En cette veille de Noël, je rentrais de ma dernière tournée. Une tournée un peu longue, sans doute, mais familière, marquée par ces gestes répétés qui finissent par former une sorte de rituel. La distribution automatique… L’expression avait quelque chose de sec, presque impersonnel. Pourtant, derrière les machines, il y avait toujours des usages, des habitudes, des visages. Remplir un distributeur, ajuster un mécanisme récalcitrant, s’assurer qu’un café coule correctement : ce n’étaient pas de grands actes, mais ils comptaient. Ils participaient, à leur manière, à ces petites pauses invisibles qui jalonnent les journées des autres. Au dépôt, on se croisait souvent sans s’attarder. Un signe de tête, parfois un mot échan...

Les couleurs de Noémie

La vie n’avait pas été clémente avec Noémie. Elle s’était construite sur des pertes, des silences, des renoncements précoces. Le destin ne lui avait pas été favorable et, aujourd’hui, elle vivait sans domicile fixe, installée là où l’on s’arrête rarement, sur un morceau de trottoir devenu son point d’ancrage. Pourtant, Noémie possédait une richesse intacte. Une qualité que la rue n’avait pas réussi à effacer. Son père la lui avait transmise : elle était une artiste. Il lui avait appris à regarder autrement, à comprendre que la beauté n’est jamais absente, seulement cachée. De lui, il ne lui restait presque rien, sinon une trousse de feutres de couleurs. Elle les protégeait des affres du temps avec un soin infini, comme on protège une mémoire. Chaque matin, Noémie s’installait devant le même commerce. Elle y demandait peu, seulement de quoi manger. Le commerçant la voyait passer les jours et les saisons. Il ne la contournait pas, ne feignait pas l’indifférence. Sa situation le touchait....

Noël sur la banquise

Le blizzard chantait sa complainte de glace sur la grande banquise, hurlant comme un loup affamé sous la nuit sans fin. Dans l’ombre bleutée de leur igloo, Inuk, le petit Esquimau et sa famille , observaient la flamme tremblotante de la lampe à huile. Chaque jour, le froid gagnait du terrain. Les poissons fuyaient les filets, les phoques se faisaient rares, et la faim s’insinuait comme un vent invisible dans les ventres et les cœurs. Noël approchait pourtant. Mais que pouvait-on fêter quand le ventre criait misère et que la tempête effaçait toute trace de joie ? Inuk priait les esprits anciens. Il fermait les yeux et murmurait : — Esprits du Nord, envoyez-nous un signe. Un peu de lumière, juste un peu… Ce signe arriva la veille de Noël. Sous un ciel zébré d’aurores boréales vertes et roses, Inuk s’éloigna de son village. Là, près d’un trou de respiration, il aperçut un éclat étrange, un reflet bleu qu’aucune étoile ne semblait projeter. Il s’approcha, le cœur battant, et découvrit un p...

La nuit des sables étoilés

Dans l’immensité silencieuse du Sahara, là où les dunes ondulent comme des vagues figées par le temps, une nuit de Noël se préparait. Le désert, drapé d’ombre et de mystère, semblait retenir son souffle tandis que les premiers éclats des étoiles s’allumaient dans le ciel clair. Avançant d’un pas lent et régulier, une caravane de chameaux traçait un sillon sur le sable doré. Leurs silhouettes nobles se découpaient à contre-lune, et les clochettes accrochées à leurs harnais tintaient doucement, comme une pluie de notes d’argent. À la tête de la caravane marchait Youssef, un jeune chamelier au regard vif, porté par un mélange d’audace et d’émerveillement. Depuis toujours, Youssef avait entendu parler d’une oasis secrète, accessible seulement aux cœurs purs et patients. Méconnue des cartes et des anciens itinéraires, elle abritait , disait la légende , un arbre ancestral dont les fleurs n’éclosaient qu’une seule fois par an, lors de la nuit de Noël. On murmurait qu’elles contenaient la mag...

Noël au Port du bonhomme

Le 24 décembre, à l’aube, le froid mordait l’air depuis plusieurs jours déjà, annonçant un hiver plus rude que les précédents. Sur les terres basses du marais, les roseaux ployaient sous les rafales, et la mer, capricieuse, semblait hésiter entre calme et colère. Pierre connaissait bien ces signes : à l’approche de Noël, la météo aimait jouer avec les nerfs des ostréiculteurs. Mais il refusait de se laisser intimider. Pas ce jour-là. Pas alors qu’il préparait en secret ce qu’il n’avait jamais pu offrir à Éloïse comme il l’aurait voulu : une demande en mariage, la vraie, celle qu’il rêvait de lui faire depuis toujours. Dans la poche de sa vareuse , un petit coffret en bois, gravé d’un discret motif d’étoile, semblait battre au rythme de son cœur. Avec une détermination presque têtue, il travailla toute la matinée : retourner les huîtres, remplir les mannes, charger la plate. Chaque geste était précis, presque cérémoniel. Il aurait voulu croire que ce jour serait simple, que la mer lui f...

La lumière de Noël

Daniel avait toujours vécu derrière une carapace. Pas de doutes, pas d’émotions visibles , jamais. Le travail avant tout, et, sans qu’il s’en rende compte, les années l’avaient éloigné de sa femme et de leurs deux petites filles. Le 24 décembre, il volait encore, certain d’être indispensable ailleurs. Il leur avait promis d’être là « la prochaine fois ». Comme toujours. L’avion venait d’atteindre son altitude de croisière quand la première secousse survint. Puis une deuxième, plus violente. Les écrans s’éteignirent. Le bruit des moteurs baissa jusqu’à devenir un souffle étouffé. Puis le silence. Le silence impossible d’un avion qui n’est plus porté par rien. La cabine bascula légèrement. Les masques tombèrent. Des cris éclatèrent. Le commandant finit par annoncer d’une voix blanche : — Panne totale… tentative de redémarrage… tenez-vous prêts. Daniel sentit la terreur le traverser. Pour la première fois, il ne pensa pas à ses dossiers. Il pensa à ses deux filles, à leurs visages endormi...

Un banc sous les étoiles

Il était une fois un vieil homme qui aimait s’asseoir, chaque fin d’après-midi, sur un banc en bois un peu usé, planté là entre deux platanes dans une rue animée d’une grande ville. Il venait toujours seul, avec sous le bras un vieux journal froissé et un petit sac contenant quelques pièces de monnaie. Il s’installait paisiblement, observait le va-et-vient des passants, et ne manquait jamais de tendre une pièce à une fillette qui faisait l’aumône non loin de là. La petite s’appelait Annie. Elle avait les yeux pétillants d’espoir malgré sa situation, une voix fluette qui débordait de vie, et un sourire franc qu’elle réservait au vieil homme chaque fois qu’il arrivait. Peu à peu, ils se sont mis à parler. Elle lui racontait ses rêves d’avenir, ses envies d’école, ses fantasmes de blouse blanche et de stéthoscope. Lui, l’écoutait avec bienveillance, ponctuant ses récits de conseils simples, de silences pleins de respect et d’encouragements sincères. Les saisons passèrent comme les pages d...