La lumière de Noël
Daniel avait toujours vécu derrière une carapace.
Pas de doutes, pas d’émotions visibles , jamais.
Le travail avant tout, et, sans qu’il s’en rende compte, les années l’avaient éloigné de sa femme et de leurs deux petites filles.
Le 24 décembre, il volait encore, certain d’être indispensable ailleurs.
Il leur avait promis d’être là « la prochaine fois ». Comme toujours.
L’avion venait d’atteindre son altitude de croisière quand la première secousse survint.
Puis une deuxième, plus violente.
Les écrans s’éteignirent.
Le bruit des moteurs baissa jusqu’à devenir un souffle étouffé.
Puis le silence.
Le silence impossible d’un avion qui n’est plus porté par rien.
La cabine bascula légèrement.
Les masques tombèrent.
Des cris éclatèrent.
Le commandant finit par annoncer d’une voix blanche :
— Panne totale… tentative de redémarrage… tenez-vous prêts.
Daniel sentit la terreur le traverser.
Pour la première fois, il ne pensa pas à ses dossiers.
Il pensa à ses deux filles, à leurs visages endormis, à la façon dont elles l’attendaient toujours malgré tout.
Il pensa à tout ce qu’il n’avait pas dit.
C’est alors qu’il la vit.
Par le hublot, une lueur dorée apparut au milieu des nuages.
D’abord fragile, presque un reflet.
Puis plus brillante, comme une présence qui avançait au rythme de l’avion.
Elle n’était pas identifiable , ni avion, ni étoile, ni phénomène connu.
Mais elle était là, stable, douce, presque rassurante, comme une main posée sur la nuit.
Daniel sentit sa respiration se calmer, malgré le chaos autour.
Au même instant, un moteur toussa… puis rugit de nouveau.
Puis l’autre.
L’avion se redressa brusquement.
Le commandant balbutia :
— Moteurs rétablis… je… je ne comprends pas…
Daniel regarda dehors : la lumière dorée venait de s’éteindre, comme si elle n’avait existé que le temps nécessaire.
Quand il arriva chez lui, il ne sonna pas : il frappa, haletant, tremblant.
Sa femme ouvrit, surprise.
Les deux petites filles accoururent, pyjama de Noël encore froissé, yeux grands comme le monde.
Il les prit toutes les trois dans ses bras, incapable de retenir les larmes.
— J’ai failli ne jamais revenir… murmura-t-il.
Dans l’entrée, les lumières du sapin clignotaient doucement.
Parmi les ampoules, l’une brillait d’un doré particulier, plus chaud, plus vivant que les autres.
La même lueur que dans le ciel.
Daniel la fixa, un sourire nouveau au coin des lèvres , un sourire sans carapace.
— Joyeux Noël, mes amours.
Et la petite lumière dorée sembla briller juste un peu plus fort.
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