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Danse avec les étoiles

Face à ma grande baie, je pouvais voir briller les deux lunes. Elles glissaient lentement au-dessus de l’horizon artificiel de la station, diffusant une lumière pâle qui venait caresser mon violon virtuel. Ses cordes de lumière frémissaient sous mes doigts sans émettre de son, comme si l’instrument attendait le moment juste. Autour de moi, l’orchestre holographique enchaînait les morceaux. Des musiciens irréels, tissés de particules et d’algorithmes, jouaient sans fatigue, suspendus dans un éternel présent. Je me laissais porter par cette musique avant chaque mission. Elle m’aidait à me souvenir que l’exploration n’était pas une conquête, mais une écoute. Perdu dans mes pensées, le message cérébral ne s’afficha pas de suite. Je le vis l’espace d’une fulgurance. J’étais convoqué de façon urgente. La musique se tut. Les hologrammes se dissipèrent lentement, comme des constellations que l’aube efface. Le nom de la Matriarche vibrait encore dans mon esprit lorsque la salle de convocation p...

Les sables de la mémoire

Je ne savais plus où je me trouvais. Mon regard avait beau scruter le paysage qui m’entourait, aucun souvenir ne me revenait à l’esprit. J’étais au milieu d’un désert, le soleil à son zénith me faisait cligner des yeux. La chaleur m’écrasait, et pourtant je frissonnais, comme si quelque chose en moi refusait cet endroit. Je devais rassembler mes souvenirs pour comprendre ce que je faisais là. Tout à coup, comme sorti du néant, je l’aperçus. Un petit garçon, vêtu de vêtements déchirés, me regardait avec insistance. Il se tenait droit, immobile, au milieu de cette étendue sans fin. Son visage était couvert de poussière et de cendres, et ses yeux, d’un noir profond, semblaient bien trop anciens pour son âge. Une partie de son corps portait les traces d’une brûlure mal cicatrisée. Pourtant, il ne se plaignait pas. — Tu es revenu, dit-il simplement. Sa voix était calme, presque lasse. — Revenu d’où ? demandai-je. Je sentis alors le poids invisible sur mes épaules. Quelque chose de lourd, de...

La mémoire des pierres

Dès que l’on approchait de Spinalonga, l’atmosphère se transformait, comme si le temps lui-même retenait son souffle. La mer, d’un bleu profond et changeant, semblait ralentir ses vagues, comme si elle pressentait qu’on franchissait une frontière invisible. Les pierres, brûlées par le soleil méditerranéen et lissées par les vents salés, portaient en elles les échos d’un passé douloureux. Pour ceux qui savaient écouter, l’île murmurait une histoire à la fois tragique et sublime, tissée de souffrance, mais aussi de résilience et d’humanité. Elpida n’était qu’une enfant lorsque la maladie frappa sa famille. Elle ne comprenait pas encore ce qui se jouait, mais elle percevait la peur qui s’installait dans les yeux de ses proches, les silences lourds qui remplaçaient les rires, les gestes hésitants qui trahissaient l’angoisse. En Crète, ce fléau “ la lèpre “, ravageait des vies entières, s’insinuant dans les foyers comme une ombre maléfique. Les autorités, dans un élan à la fois désespéré et...

Tcha Tcha Tcha !

La boule à facette envoyait sur les danseurs des étoiles lumineuses. Elles glissaient sur les visages, s’accrochaient aux robes, éclataient sur les murs comme des souvenirs trop pressés de naître. Dans un accord parfait, les couples se déhanchaient sur la piste au rythme saccadé du Tcha Tcha. Les pas claquaient, les corps se répondaient, et la musique semblait connaître à l’avance le chemin de chacun. De mon siège, accoudé au comptoir du bar de la discothèque, je laissais mon esprit divaguer. Je me voyais autre. Plus léger. Plus sûr. Un danseur. Mais mes pieds restaient immobiles, ancrés dans cette certitude ancienne : certains élans sont faits pour être rêvés, pas vécus. Puis elle est entrée dans mon regard. Elle ne dansait pas. Elle observait. Assise à la frontière de la lumière, sa robe rouge capturait les reflets de la boule à facette comme si elle dialoguait avec les étoiles. Elle semblait écouter la musique autrement, non avec le corps, mais avec l’âme. Quand nos yeux se sont ren...

V-85

La sueur perlait sur mon front, lente, obstinée, comme si même mon corps hésitait à continuer. La combinaison thermorégulatrice luttait péniblement contre la chaleur, saturée par l’air brûlant du désert. Cinquante degrés à l’ombre , lorsqu’il restait encore des ombres. Ici, le soleil écrasait tout, sans obstacle, sans pitié. La Terre avait franchi ce seuil depuis des années déjà, et le désert s’était contenté de s’étendre, digérant routes, villes, souvenirs, jusqu’à ne laisser qu’un monde nu, abrasif, hostile. Malgré mes rapports répétés à la direction, rien n’avait changé. Les alertes émises depuis le site désertique de V-85 se perdaient dans les réseaux centraux, noyées parmi d’autres anomalies jugées secondaires.  Trop loin. Trop coûteux. Trop peu rentable. La distance rendait les chiffres abstraits, et l’abstraction rendait les décisions supportables. Il ne s’agissait pourtant plus de simples corrections sur les bornes de transfert. Un drone ou un robot-technicien aurait pu int...

Le septième voyageur

La poussière que soulevait l’engin pénétrait partout. Elle se glissait dans les interstices de la coque, s’accrochait aux capteurs, saturait les filtres et donnait au désert une présence presque consciente. Ce n’était plus un simple paysage : c’était une étendue vigilante, née des ruines du monde ancien, prête à avaler ce qui s’attardait trop longtemps au-dessus d’elle. Je savais que je ne pouvais tenir très longtemps au-dessus du désert. Les colonnes d’air brûlant déstabilisaient l’appareil, et les jauges thermiques grimpaient inexorablement. Chaque seconde me rapprochait du seuil critique. Pourtant, la mission devait être remplie. Le sauvetage devait réussir. Cette mission était prévue depuis longtemps. Bien avant que la Terre ne devienne un champ de cendres radioactives, bien avant que les nations ne s’effacent dans un éclair blanc. À l’époque, on parlait encore d’avenir. Aujourd’hui, on ne parlait plus que de continuité. La limite pour son exécution allait être atteinte. Mon casque...

La place vide

Être deux. Être deux, et croire que cela dure. Croire que l’amour, une fois posé, tient tout seul, comme une note tenue indéfiniment. Je marchais droit, sans lever les yeux, convaincu que le soleil saurait toujours où se lever. Nous avancions au même rythme. Du moins, je le croyais. Elle parlait d’avenir à voix basse, comme on confie une prière. Moi, je répondais plus tard. Plus tard pour les mots. Plus tard pour les gestes. Plus tard pour les bras. J’aimais à demi-voix, persuadé que l’amour supporte l’attente. Mais le temps ne se retient pas. Il glisse. Il s’infiltre. Il emporte ce que l’on remet. Il a pris nos silences et les a étirés. Il a fait de mes reports une habitude, de mes absences une distance. L’étreinte attendait. La tendresse aussi. Et pendant ce temps, l’amour diminuait, sans bruit, comme une musique que l’on baisse sans s’en apercevoir. Maintenant je suis là. Assis sur ce banc fatigué. À côté de moi, la place vide est une dissonance. Un trou dans la mélodie du monde. Ce...

La brume de Noirmoutier

Il était une fois, sur l’île de Noirmoutier, un soir de décembre où le vent de l’océan semblait porter en lui tous les secrets du monde. C’était l’un de ces jours suspendus, à la lisière de l’hiver, quand la terre retient son souffle et que le réel paraît plus fragile, comme s’il suffisait d’un pas de côté pour en fissurer la surface. Nous avions pris la route ensemble, presque instinctivement, pour traverser les sentiers cachés de l’île. Ces chemins de sable et de sel que seuls connaissent ceux qui y ont laissé un peu de leur enfance, et qui savent que certaines promenades n’ont pas besoin de destination. À mes côtés, une présence familière, solide, silencieuse quand il le fallait, toujours attentive. Une amitié ancienne, débarrassée des mots inutiles, faite de regards et de respirations partagées. Nous longions le port du Bonhomme, où les bateaux dormaient sous une lumière d’étain, bercés par l’eau noire. Puis La Guérinière glissa derrière nous avant que la route ne s’étire vers L’Ép...

An nou koute mizik

La musique n’a pas disparu. Elle s’est éloignée avec les années, comme un rivage que l’on cesse peu à peu de nommer, sans jamais l’oublier tout à fait. Autrefois, le tambour battait au même rythme que mes jours. Il n’accompagnait pas le temps : il le tenait. Sur l’île, la musique ne marquait rien. Elle ne commençait pas, elle ne finissait pas. Elle se déposait dans l’air, dans la chaleur lente des fins d’après-midi, dans le sel resté sur la peau. À cette époque, je ne savais pas que vivre consistait aussi à perdre. Je n’entendais pas distinctement la musique, pas plus que je n’entendais la mer. Tout était là, mêlé, indissociable. Les jours s’écoulaient sans s’user. Ils semblaient promis à une durée sans contours. Puis le temps a fait ce qu’il fait toujours. Les départs ont eu lieu. Les distances se sont installées. L’île s’est réduite à un point intérieur, de plus en plus silencieux. La musique, je le croyais, s’était tue. En réalité, elle s’était déplacée. Un jour, des années plus tar...

Le retour interdit

La colonie allait devoir quitter Mars. L’annonce fut diffusée sur tous les canaux, à heure fixe, sans musique ni emphase. Une information brute, administrative, presque banale. Les infrastructures ne remplissaient plus leurs missions. Les dômes perdaient leur étanchéité. Les générateurs réclamaient plus d’énergie qu’ils n’en produisaient. Les sols artificiels s’épuisaient malgré les corrections génétiques et les cycles forcés. Mars, planète refuge, devenait un monde d’entretien permanent, incapable de soutenir plus longtemps la présence humaine. Le Conseil avait décidé un départ organisé, rationnel, dans l’ordre. Rien ne devait ressembler à une fuite. Les familles seraient regroupées. Les archives transférées. Les restes des premières installations démantelés, comme si l’on pouvait effacer les traces d’un rêve qui avait échoué. La destination, elle, avait de quoi surprendre. La Terre. Un silence lourd suivit l’annonce. La Terre n’était plus une planète : c’était un tabou. Un mot qu’on ...

Le jour un

À minuit pile, l’éphéméride hésita. On aurait juré qu’elle écoutait le silence. Accrochée aux murs des cuisines, des chambres encore éclairées, elle portait depuis des jours le poids dense de 2026, un chiffre chargé de lendemains incertains, déjà froissé par l’attente. Puis la seconde bascula. Sans bruit, sans résistance, le 2026 se détacha. Il glissa hors du présent, rejoignant ce lieu invisible où les années déposent leurs espoirs fatigués. À sa place apparut un seul chiffre, clair, presque solennel : 1. Ni date, ni promesse. Un commencement à l’état pur. Le monde ralentit. Dans un appartement où la nuit semblait suspendue, un homme resta assis, le téléphone posé dans sa main. Il pensa à ses deux filles. À leurs voix d’enfants, puis à leurs silences d’adultes. La vie avait fait son œuvre : distances, malentendus, pudeur. Le 1 pesa doucement sur sa poitrine. Il appela la première, puis la seconde. Il ne chercha pas les mots justes. Il dit seulement : — Je pensais à vous. Et cela suffi...

L' aube de 2050

Le temps avait passé inexorablement, laissant derrière lui une tristesse épaisse, presque palpable. En cette fin d’année 2049, il ne restait plus grand-chose, sinon l’incompréhension face à l’ampleur du désastre. Les paysages portaient encore les cicatrices visibles de la guerre, mais les blessures les plus profondes étaient invisibles, gravées dans les mémoires. Dans les rares bibliothèques encore debout, certains livres avaient survécu. Ils parlaient des années 2020, de cette période trouble où la troisième guerre mondiale aurait pu être évitée. Les auteurs employaient des mots prudents, presque hésitants, comme s’ils avaient pressenti que l’avenir les jugerait sévèrement. Les déclencheurs, écrivaient-ils, avaient été multiples : économiques, politiques, climatiques, identitaires. Aucun n’avait suffi à lui seul. C’est leur accumulation qui avait rendu l’effondrement inévitable. En France, un sentiment particulier s’était répandu lentement, insidieux. Celui d’être devenu étranger dans...

Le siffleur de Noël

Dans le quartier, il était une image connue. On ne savait plus très bien depuis quand il faisait partie du paysage, ni même s’il avait un jour été autre chose qu’une silhouette familière. Il était là, simplement. Toujours au même endroit, ou presque. Un manteau trop grand, râpé aux épaules, une écharpe tricotée qui semblait avoir traversé plusieurs hivers, et ce regard un peu flottant, comme accroché à un monde que les autres ne voyaient pas. Chacun, en le croisant, lui adressait un petit mot gentil. — Bonjour. — Ça va aujourd’hui ? — Joyeuses fêtes… Parfois, on glissait une pièce dans sa main. Un geste rapide, discret, presque mécanique. Il accueillait l’offrande avec un léger hochement de tête, puis, pour remercier, il se mettait à siffler. Toujours un air connu. Une chanson populaire, une mélodie d’enfance, parfois un refrain ancien que l’on croyait oublié. Le son était clair, précis, étonnamment juste. Il s’élevait dans l’air froid, se glissait entre les immeubles, et accompagnait ...

Le silence de Noël

La télévision déversait pêle-mêle les informations du monde, comme un fleuve trouble dont on ne voyait jamais la source. Les images se succédaient sans transition : visages hagards, villes en ruine, enfants couverts de poussière, cris étouffés par le commentaire neutre des journalistes. Juste à côté de l’écran, sur la grande table recouverte d’une nappe immaculée, une dinde baignait dans son jus doré, promesse de fête et d’abondance. Guy resta debout un long moment, les bras ballants, incapable de détacher son regard de ce contraste obscène. La chaleur du four, l’odeur des marrons, les lumières du sapin… et la guerre, là, posée au milieu du salon, comme une invitée indésirable que personne n’osait nommer. — Comment peut-on fêter la paix quand il y a encore la guerre ? murmura-t-il. La question n’appelait pas de réponse. Elle se dissipa dans l’air tiède de la maison, se perdit dans le clignotement des guirlandes. Dans la cuisine, on riait. Les enfants couraient, excités par l’idée des c...

La montagne de feu

Les nuits du désert ont une manière particulière de raconter les commencements. Avant même que l’aube ne se lève, le sable frissonne comme une mer endormie, et le ciel, chargé d’étoiles, semble pencher vers la terre pour écouter les pas solitaires. C’est ainsi que débuta mon voyage, au cœur d’une saison froide que nul calendrier ne nommait encore Noël, mais où le monde, déjà, attendait une promesse. Je marchais vers la montagne aux flancs brûlés, celle que le vent entoure de silence et que la foudre reconnaît comme sienne. Chaque pas s’enfonçait dans la poussière dorée, et mes pieds glissaient sur la rocaille, tandis que la sueur de mon front se mêlait à la terre ancienne. Le vent soufflait avec violence, comme pour me détourner, mais la Voix qui m’appelait brûlait plus fort encore que le feu du midi. Je montais seul, portant le poids d’un peuple invisible derrière moi, et la soif d’une alliance encore à naître. Plus je m’élevais, plus l’air se chargeait de nuées épaisses ; les éclairs...

Hors du temps

Le froid s’était installé dans le véhicule comme une présence discrète, tapie quelque part entre le pare-brise et mes épaules. Par moments, la buée venait voiler les vitres, aussitôt repoussée par un souffle d’air tiède qui tentait, sans éclat, de réchauffer l’habitacle. En cette veille de Noël, je rentrais de ma dernière tournée. Une tournée un peu longue, sans doute, mais familière, marquée par ces gestes répétés qui finissent par former une sorte de rituel. La distribution automatique… L’expression avait quelque chose de sec, presque impersonnel. Pourtant, derrière les machines, il y avait toujours des usages, des habitudes, des visages. Remplir un distributeur, ajuster un mécanisme récalcitrant, s’assurer qu’un café coule correctement : ce n’étaient pas de grands actes, mais ils comptaient. Ils participaient, à leur manière, à ces petites pauses invisibles qui jalonnent les journées des autres. Au dépôt, on se croisait souvent sans s’attarder. Un signe de tête, parfois un mot échan...

Parallèles

Les scientifiques commençaient à émettre l’idée, sans pour autant pouvoir la démontrer, qu’il existait des mondes parallèles. Le déferlement de critiques fut immédiat. Articles assassins, tribunes ironiques, colloques où l’on riait sous cape. Que dirait ce collège de bien-pensants s’ils apprenaient que l’on peut aussi voyager dans le temps ? La séparation qui différencie un monde d’un autre est infime. Un frémissement. Une variation si faible qu’aucun instrument classique ne peut la mesurer. Un battement de réalité, comparable à la différence entre deux notes presque identiques. Nous le savions par expérience. Depuis la Salle Blanche, nous observions. Les parois n’étaient ni écrans ni miroirs, mais des surfaces d’accordage, capables de se synchroniser brièvement avec d’autres versions du réel. Les mondes que nous contemplions vivaient presque comme le nôtre : mêmes villes, mêmes océans, mêmes peurs. Mais il y avait toujours un détail dissonant. Une tour absente. Une langue qui avait év...

Les couleurs de Noémie

La vie n’avait pas été clémente avec Noémie. Elle s’était construite sur des pertes, des silences, des renoncements précoces. Le destin ne lui avait pas été favorable et, aujourd’hui, elle vivait sans domicile fixe, installée là où l’on s’arrête rarement, sur un morceau de trottoir devenu son point d’ancrage. Pourtant, Noémie possédait une richesse intacte. Une qualité que la rue n’avait pas réussi à effacer. Son père la lui avait transmise : elle était une artiste. Il lui avait appris à regarder autrement, à comprendre que la beauté n’est jamais absente, seulement cachée. De lui, il ne lui restait presque rien, sinon une trousse de feutres de couleurs. Elle les protégeait des affres du temps avec un soin infini, comme on protège une mémoire. Chaque matin, Noémie s’installait devant le même commerce. Elle y demandait peu, seulement de quoi manger. Le commerçant la voyait passer les jours et les saisons. Il ne la contournait pas, ne feignait pas l’indifférence. Sa situation le touchait....

Noël sur la banquise

Le blizzard chantait sa complainte de glace sur la grande banquise, hurlant comme un loup affamé sous la nuit sans fin. Dans l’ombre bleutée de leur igloo, Inuk, le petit Esquimau et sa famille , observaient la flamme tremblotante de la lampe à huile. Chaque jour, le froid gagnait du terrain. Les poissons fuyaient les filets, les phoques se faisaient rares, et la faim s’insinuait comme un vent invisible dans les ventres et les cœurs. Noël approchait pourtant. Mais que pouvait-on fêter quand le ventre criait misère et que la tempête effaçait toute trace de joie ? Inuk priait les esprits anciens. Il fermait les yeux et murmurait : — Esprits du Nord, envoyez-nous un signe. Un peu de lumière, juste un peu… Ce signe arriva la veille de Noël. Sous un ciel zébré d’aurores boréales vertes et roses, Inuk s’éloigna de son village. Là, près d’un trou de respiration, il aperçut un éclat étrange, un reflet bleu qu’aucune étoile ne semblait projeter. Il s’approcha, le cœur battant, et découvrit un p...

La nuit des sables étoilés

Dans l’immensité silencieuse du Sahara, là où les dunes ondulent comme des vagues figées par le temps, une nuit de Noël se préparait. Le désert, drapé d’ombre et de mystère, semblait retenir son souffle tandis que les premiers éclats des étoiles s’allumaient dans le ciel clair. Avançant d’un pas lent et régulier, une caravane de chameaux traçait un sillon sur le sable doré. Leurs silhouettes nobles se découpaient à contre-lune, et les clochettes accrochées à leurs harnais tintaient doucement, comme une pluie de notes d’argent. À la tête de la caravane marchait Youssef, un jeune chamelier au regard vif, porté par un mélange d’audace et d’émerveillement. Depuis toujours, Youssef avait entendu parler d’une oasis secrète, accessible seulement aux cœurs purs et patients. Méconnue des cartes et des anciens itinéraires, elle abritait , disait la légende , un arbre ancestral dont les fleurs n’éclosaient qu’une seule fois par an, lors de la nuit de Noël. On murmurait qu’elles contenaient la mag...