Tcha Tcha Tcha !


La boule à facette envoyait sur les danseurs des étoiles lumineuses.

Elles glissaient sur les visages, s’accrochaient aux robes, éclataient sur les murs comme des souvenirs trop pressés de naître.


Dans un accord parfait, les couples se déhanchaient sur la piste au rythme saccadé du Tcha Tcha.


Les pas claquaient, les corps se répondaient, et la musique semblait connaître à l’avance le chemin de chacun.


De mon siège, accoudé au comptoir du bar de la discothèque, je laissais mon esprit divaguer.


Je me voyais autre. Plus léger. Plus sûr. Un danseur.

Mais mes pieds restaient immobiles, ancrés dans cette certitude ancienne : certains élans sont faits pour être rêvés, pas vécus.

Puis elle est entrée dans mon regard.


Elle ne dansait pas. Elle observait.


Assise à la frontière de la lumière, sa robe rouge capturait les reflets de la boule à facette comme si elle dialoguait avec les étoiles. Elle semblait écouter la musique autrement, non avec le corps, mais avec l’âme.

Quand nos yeux se sont rencontrés, quelque chose s’est déplacé en moi.


Pas une urgence. Pas un vertige.

Juste une évidence douce, comme un pas qui trouve naturellement sa place.


La musique a changé. Le Tcha Tcha est devenu plus lent, presque murmuré.

Elle s’est levée.


J’ai laissé mon verre derrière moi, comme on abandonne une vieille peur sur un comptoir trop usé.


— Vous dansez ?

Sa voix était simple. Sans attente.

— J’essaie, ai-je répondu.


Elle a souri. Et dans ce sourire, il n’y avait ni jugement ni promesse. Seulement l’instant.


Sur la piste, nos corps ont d’abord hésité. Les pas ne savaient pas où aller. Nous avons trébuché, ri, recommencé. La musique ne nous pressait pas. Elle nous accompagnait.

Peu à peu, le rythme s’est glissé entre nous.

Pas dans la perfection, mais dans l’écoute.


Nos gestes sont devenus plus justes, non parce qu’ils étaient appris, mais parce qu’ils étaient partagés.


Autour de nous, les autres couples tournaient, brillaient, disparaissaient.

La boule à facette continuait d’envoyer ses étoiles artificielles, mais elles semblaient désormais inutiles.


Il y avait assez de lumière dans cet instant suspendu.

Quand la musique s’est arrêtée, nous ne nous sommes pas séparés tout de suite.


Nos mains sont restées liées, comme si elles voulaient retenir quelque chose de fragile.


Je ne savais pas si je danserais encore après cette nuit.

Je ne savais pas si je la reverrais.


Mais je savais ceci :

Je n’étais plus celui qui regardait la piste depuis l’ombre.

J’avais fait un pas hors du rêve.


Et parfois, il suffit d’un Tcha Tcha, d’un battement partagé, pour apprendre que la vie ne demande pas d’être parfait , seulement d’oser entrer dans la musique.

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