An nou koute mizik
La musique n’a pas disparu.
Elle s’est éloignée avec les années,
comme un rivage que l’on cesse peu à peu de nommer,
sans jamais l’oublier tout à fait.
Autrefois, le tambour battait au même rythme que mes jours.
Il n’accompagnait pas le temps :
il le tenait.
Sur l’île, la musique ne marquait rien.
Elle ne commençait pas,
elle ne finissait pas.
Elle se déposait dans l’air,
dans la chaleur lente des fins d’après-midi,
dans le sel resté sur la peau.
À cette époque, je ne savais pas
que vivre consistait aussi à perdre.
Je n’entendais pas distinctement la musique,
pas plus que je n’entendais la mer.
Tout était là, mêlé,
indissociable.
Les jours s’écoulaient sans s’user.
Ils semblaient promis à une durée sans contours.
Puis le temps a fait ce qu’il fait toujours.
Les départs ont eu lieu.
Les distances se sont installées.
L’île s’est réduite à un point intérieur,
de plus en plus silencieux.
La musique, je le croyais, s’était tue.
En réalité, elle s’était déplacée.
Un jour, des années plus tard,
un rythme entendu par hasard
a rouvert ce qui s’était refermé sans bruit.
Ce n’est pas le lieu qui est revenu,
mais le temps que j’y ai laissé.
La lenteur.
La chaleur.
La présence sans nom.
J’ai compris alors que cette musique
ne conservait pas l’île,
mais la distance qui m’en sépare.
Et quand le son s’est éteint,
il est resté cela :
un battement discret,
preuve que certains lieux continuent de vivre
à l’endroit exact .
Où le temps a manqué.
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