L' archet et la vague
La mer d’un bleu profond s’étendait à perte de vue, respirant lentement sous la lumière du soir. Elle semblait vivante, pleine d’une sagesse tranquille, et me rappelait, comme chaque fois, que la modestie devait être mon maître mot. Car face à elle, tout paraît petit : les ambitions, les regrets, les amours, même les rêves les plus vastes. C’est pourtant ici, sur cette plage, qu’est née la plus belle note de ma vie. Elle s’appelait Élise. Nous étions deux jeunes violonistes, un été de nos dix-sept ans, réunis dans un stage au bord de l’océan. Elle jouait avec une intensité qui me bouleversait. Chaque mouvement de son archet semblait répondre au chant des vagues, comme si la mer elle-même guidait sa main. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi pur. Un soir, alors que le vent tiédissait et que la lumière déclinait, elle m’a entraîné sur la plage. Le sable collait à nos pieds nus, et la mer, tout près, respirait lentement. Nous avons sorti nos violons, et sans un mot, nous avons joué. Nos...