La mémoire des pierres
Dès que l’on approchait de Spinalonga, l’atmosphère se transformait, comme si le temps lui-même retenait son souffle. La mer, d’un bleu profond et changeant, semblait ralentir ses vagues, comme si elle pressentait qu’on franchissait une frontière invisible. Les pierres, brûlées par le soleil méditerranéen et lissées par les vents salés, portaient en elles les échos d’un passé douloureux. Pour ceux qui savaient écouter, l’île murmurait une histoire à la fois tragique et sublime, tissée de souffrance, mais aussi de résilience et d’humanité. Elpida n’était qu’une enfant lorsque la maladie frappa sa famille. Elle ne comprenait pas encore ce qui se jouait, mais elle percevait la peur qui s’installait dans les yeux de ses proches, les silences lourds qui remplaçaient les rires, les gestes hésitants qui trahissaient l’angoisse. En Crète, ce fléau “ la lèpre “, ravageait des vies entières, s’insinuant dans les foyers comme une ombre maléfique. Les autorités, dans un élan à la fois désespéré et...