V-85
La sueur perlait sur mon front, lente, obstinée, comme si même mon corps hésitait à continuer. La combinaison thermorégulatrice luttait péniblement contre la chaleur, saturée par l’air brûlant du désert. Cinquante degrés à l’ombre , lorsqu’il restait encore des ombres. Ici, le soleil écrasait tout, sans obstacle, sans pitié. La Terre avait franchi ce seuil depuis des années déjà, et le désert s’était contenté de s’étendre, digérant routes, villes, souvenirs, jusqu’à ne laisser qu’un monde nu, abrasif, hostile. Malgré mes rapports répétés à la direction, rien n’avait changé. Les alertes émises depuis le site désertique de V-85 se perdaient dans les réseaux centraux, noyées parmi d’autres anomalies jugées secondaires. Trop loin. Trop coûteux. Trop peu rentable. La distance rendait les chiffres abstraits, et l’abstraction rendait les décisions supportables. Il ne s’agissait pourtant plus de simples corrections sur les bornes de transfert. Un drone ou un robot-technicien aurait pu int...