La place vide
Être deux. Être deux, et croire que cela dure. Croire que l’amour, une fois posé, tient tout seul, comme une note tenue indéfiniment. Je marchais droit, sans lever les yeux, convaincu que le soleil saurait toujours où se lever. Nous avancions au même rythme. Du moins, je le croyais. Elle parlait d’avenir à voix basse, comme on confie une prière. Moi, je répondais plus tard. Plus tard pour les mots. Plus tard pour les gestes. Plus tard pour les bras. J’aimais à demi-voix, persuadé que l’amour supporte l’attente. Mais le temps ne se retient pas. Il glisse. Il s’infiltre. Il emporte ce que l’on remet. Il a pris nos silences et les a étirés. Il a fait de mes reports une habitude, de mes absences une distance. L’étreinte attendait. La tendresse aussi. Et pendant ce temps, l’amour diminuait, sans bruit, comme une musique que l’on baisse sans s’en apercevoir. Maintenant je suis là. Assis sur ce banc fatigué. À côté de moi, la place vide est une dissonance. Un trou dans la mélodie du monde. Ce...