La pochette surprise


Une vie n’est jamais une ligne droite.

Guy l’avait appris trop tôt.


Les virages avaient été nombreux, les sorties de route aussi. Il avait laissé derrière lui des histoires inachevées, des regrets et cette étrange impression d’avoir pris trop de sens interdits pour retrouver un jour le bon chemin.


Avec les années, il avançait sans conviction.

Comme un homme qui continue de marcher uniquement parce qu’il ne sait plus comment s’arrêter.


Un soir de pluie, alors qu’il errait dans une rue qu’il ne reconnaissait pas, Guy aperçut une petite boutique sans enseigne.

La vitrine était remplie d’objets anciens : des montres arrêtées, des livres sans titre, des cadres vides.


Au fond du magasin, suspendues à un fil noir, se balançaient plusieurs pochettes surprises.


Une pancarte indiquait :

« La pochette ne se choisit pas. »


Au moment où Guy s’approcha, l’une d’elles tomba doucement à ses pieds.


Il regarda autour de lui.

Personne.

Pourtant, derrière le comptoir plongé dans l’ombre, une voix murmura :


— Celle-ci vous attendait.


Guy sentit un frisson lui parcourir le dos.

Il emporta la pochette jusque chez lui sans l’ouvrir. Une peur étrange l’accompagnait, comme si ce petit paquet contenait davantage qu’un simple objet.


À l’intérieur, il découvrit une vieille clef, un morceau de miroir fendu et un mot :

« Certaines rencontres arrivent après de longs détours. »

Le lendemain, Guy retourna à la boutique.

Mais elle avait disparu.


À sa place se trouvait un mur humide couvert de lierre.

Alors qu’il allait repartir, il aperçut une femme debout sous un réverbère, un peu plus loin dans la rue.


Elle portait un long manteau sombre et tenait une autre pochette surprise entre ses mains.


— Je crois qu’elle est pour vous, dit-elle doucement.


Sa voix semblait familière sans qu’il sache pourquoi.

Lorsqu’il prit la pochette, leurs doigts se frôlèrent.

Guy eut alors une sensation impossible : le souvenir d’un instant qu’il n’avait jamais vécu.


Un rire dans le vent.

Une main qu’il cherchait depuis toujours.

Troublé, il releva les yeux vers elle.


— On se connaît ?


Elle esquissa un sourire triste.


— Pas encore complètement.

Puis elle disparut dans la pluie.


À partir de ce jour, la femme revint dans sa vie comme un songe.

Jamais au même endroit.

Jamais au hasard.

Et chaque fois, une nouvelle pochette apparaissait.


À l’intérieur, Guy trouvait des objets liés à son passé : une photo oubliée, une montre arrêtée à l’heure d’un ancien chagrin, un billet de train jamais utilisé.


Comme si quelqu’un reconstituait lentement sa vie morceau par morceau.

Puis vint la dernière pochette.

Elle était minuscule.


À l’intérieur se trouvait un simple panneau miniature :


« FIN DE LA ROUTE »


Cette nuit-là, Guy retrouva la femme près d’un pont noyé de brouillard.


— Ça veut dire quoi ? demanda-t-il.

Elle le regarda longuement avant de répondre :


— Les gens pensent que ce panneau annonce une fin. Mais parfois… Il signifie seulement qu’on ne peut plus continuer seul.


Alors Guy comprit.

Toutes ses erreurs, tous ses détours, toutes ses chutes l’avaient conduit jusqu’à elle.


Il tendit la main.

Cette fois, elle ne disparut pas.


Et dans le silence de la nuit, Guy eut enfin l’impression que la route continuait encore.

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