Magique Mélodie


J’écoute en boucle une chanson.


Toujours la même.


Elle revient comme une respiration régulière dans le silence de la pièce. Je pourrais l’arrêter. Je pourrais choisir le calme. Mais ce calme-là est trop vaste, trop nu. Alors je laisse la musique prendre sa place.


Quoi de plus merveilleux qu’une mélodie qui vous pénètre sans bruit ? Elle ne force rien. Elle glisse. Elle se faufile dans les replis de la pensée, s’installe là où les mots refusent de naître.


La musique se suffit parfois à elle-même.


Les paroles deviennent presque inutiles. Mon cœur, comme par magie, crée les siennes. Il comble les blancs, il brode des phrases invisibles sur la trame des notes. Il parle à voix basse dans une langue que je ne connaissais pas, mais que je comprends pourtant.


L’appartement est immobile. Les murs semblent écouter avec moi. La lumière du soir s’efface lentement, laissant derrière elle une pénombre douce, presque protectrice.


La solitude a ses échos.


Elle agrandit les silences.

Elle étire les heures.


Mais la mélodie ouvre le chemin.


Elle trace une ligne claire au milieu de l’obscurité intérieure. Chaque note est une petite lampe posée sur le bord de mes pensées. Elle éclaire sans éblouir. Elle accompagne sans envahir.


Je ferme les yeux.


Les instruments s’élèvent, fragiles et puissants à la fois. La musique devient une présence. Pas un remplacement. Pas une illusion. Une présence vraie, vibrante, qui occupe l’espace sans le remplir entièrement. Elle laisse assez de vide pour que je puisse respirer.


Dans la solitude, les bruits ordinaires deviennent lourds : le tic-tac d’une horloge, le frôlement d’un vêtement, le craquement du bois. Mais lorsque la chanson joue, ces sons se fondent dans une harmonie plus grande. Ils cessent d’être des rappels du vide. Ils deviennent des nuances.


Je comprends alors que la musique n’efface pas la solitude.


Elle la transforme.


Elle lui donne une texture, une couleur. Elle la rend presque habitable. Comme si, à travers les notes, je pouvais m’asseoir face à moi-même sans détourner le regard.


La chanson s’achève.


Le silence revient, mais il n’est plus le même. Il garde en lui une vibration légère, un souvenir sonore qui continue de battre doucement sous la surface.


Je relance la mélodie.


Non pas pour fuir.


Mais pour accompagner.


Parce qu’il y a dans ces notes une magie discrète :

celle de faire du vide un espace,

du silence un écrin,

et de la solitude,

un dialogue invisible avec l’infini.

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