Les boules
Décembre.
Ce mois où les rues s’illuminent, les gens s’affolent, et les décorations s’accrochent partout où l’on peut encore poser un crochet.
Le mois où l’on mesure le bonheur d’une famille au nombre de guirlandes clignotantes et à l’épaisseur du catalogue des jouets.
Un mois merveilleux, dit-on… Surtout pour ceux qui aiment le chaos organisé.
Bref : un mois qui donne, à sa façon, les boules.
Pour fuir , temporairement , cette frénésie, j’étais parti me réfugier devant une cascade qui descendait de la montagne en un long ruban argenté.
Un endroit où, miraculeusement, aucune musique de Noël ne pouvait m’atteindre.
Là, dans le froid vif, un immense bien-être m’avait envahi.
Un luxe en décembre, ce mois où même les flocons semblent stressés.
Ce moment était unique.
Je pouvais enfin laisser mon esprit penser librement, sans que quelqu’un me rappelle qu’il ne reste plus beaucoup de jours avant le 24.
La première idée qui surgit fut un mot magnifique, massif dans sa simplicité : Paix.
Il se posa dans mes pensées comme une boule de Noël en verre soufflé, lumineuse et fragile, un espoir suspendu.
À peine avais-je goûté à cette douceur qu’un autre mot surgit, brutal, rugueux, un mot qui ne demande pas la permission pour entrer : Guerre.
Et ce mot-là, en décembre, trouvait hélas un écho particulier.
Car en ce moment, il semble que dans la tête de certains gouvernants, l’idée de transformer l ‘ordre mondial , flotte avec une légèreté inquiétante.
Comme si les cartes géopolitiques étaient des plateaux de jeux et les vies humaines de simples pions qu’on pousse du bout des doigts.
À les écouter, on dirait qu’une petite étincelle supplémentaire les démangeait pour tout embraser.
Ils agitent des menaces comme on secoue des boules de neige : juste pour voir ce que ça fait quand ça tombe.
Difficile, dans ce contexte, de prononcer le mot Paix sans sentir un sourire amer monter aux lèvres.
Le monde s’agite, gronde, claque des dents , pas seulement à cause du froid.
Pendant ce temps, nous sommes occupés à nous battre pour le dernier papier cadeau, pour un créneau chez le coiffeur, ou pour le dernier dessert au chocolat en promotion.
Nos petites guerres reflètent étrangement les grandes.
Et pourtant…
quelque chose en moi résistait.
Une mémoire obstinée rappelait qu’il avait existé un moment, un seul, où l’impossible s’était produit.
Je pensais à ce 24 décembre d’un autre siècle, d’une autre folie.
Celui où des ennemis jurés, embourbés dans leurs tranchées glacées, avaient cessé de tirer.
Ils étaient sortis de la boue, de la peur, du bruit, et s’étaient avancés les mains nues vers ceux qu’ils avaient l’ordre de haïr.
Ils ont partagé du pain, des chants, un peu de chaleur.
L’espace d’une nuit, la Paix avait été plus forte que tout.
Une trêve fragile, improbable, presque magique.
Alors… ce miracle pourrait-il se reproduire ?
Aujourd’hui, demain, un autre 24 décembre ou n’importe quel jour de l’année ?
Pourrait-on espérer que même les gouvernants les plus belliqueux déposent un instant leur posture guerrière ?
Que chacun, à son échelle, sorte de sa tranchée personnelle pour tendre la main ?
La cascade poursuivait son cours, indifférente et sage.
Elle avait vu des siècles d’humanité défiler, et elle semblait murmurer que rien n'était impossible.
Après tout, décembre est aussi le mois des rêves, des lumières dans l’obscurité, des contes qui commencent là où la raison s’arrête.
Alors oui…
On peut toujours rêver.
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