H2o
Je suis sans doute bien présomptueux de commencer ce récit par une formule chimique.
H₂O.
Une équation élémentaire, limpide, et pourtant si délicate. Deux atomes d’hydrogène et un d’oxygène. Rien à ajouter, rien à retrancher. Une harmonie qui semble aller de soi, mais qui n’existe que grâce à un équilibre fragile.
Il en va de même pour nos relations.
Elles aussi reposent sur ces équilibres invisibles, sur ces ajustements subtils qui, parfois, nous échappent. Un mot trop appuyé et tout déborde. Un silence trop long et tout s’évapore. Chaque rencontre a sa propre formule, infime, mystérieuse, presque secrète.
J’en ai fait l’expérience récemment.
Non pas un soir comme dans bien des récits, mais un après-midi clair, tranquille, de ceux où la lumière s’étire sans hâte et où l’on croit avoir déjà tout compris de la journée.
Elle était là, derrière le comptoir de ce petit café dans lequel je n’avais fait que passer. Elle avançait avec une élégance discrète, presque retenue, maniant les verres avec ce soin silencieux que seules possèdent les personnes profondément attentives. Rien en elle ne cherchait l’attention, et peut-être est-ce pour cela que, avec tout le respect que je lui dois, mon regard s’y est attardé.
Je me suis permis de lui adresser la parole, légèrement, presque timidement, ne souhaitant en aucune manière déranger.
Elle m’a écouté.
Son écoute, pourtant, n’avait rien de commun.
C’était une écoute calme, posée, ouverte, comme si chacun de mes mots trouvait en elle un espace d’accueil infiniment courtois. Je me suis surpris à lui confier ce qui d’ordinaire reste tapi entre la gorge et le cœur : mes hésitations, mes maladresses, ma difficulté à trouver la juste mesure dans mes relations.
Elle ne cherchait pas à combler mes silences.
Elle les honorait.
Et je lui en étais sincèrement reconnaissant.
Dans cette retenue délicate, j’ai ressenti une forme d’estime naître, douce et simple. Non qu’elle partageait tout ce que j’exprimais, mais elle comprenait que ces mots avaient, pour moi, une importance réelle. Cela suffisait à apaiser quelque chose en moi.
Lorsque, enfin, elle prit la parole, ce fut avec une délicatesse extrême. Pas de phrases trop grandes, pas de discours pesant. De brèves remarques d’une gentillesse profonde, presque murmurées, comme si elle craignait de troubler davantage que nécessaire. Elle ne proposait pas de solution ; elle offrait une présence sincère. Et dans cette présence, il y avait une clarté rare.
En quittant le café, plus tard dans cet après-midi lumineux, je me surpris à marcher plus lentement.
Le monde n’avait pas changé, bien entendu, mais il me paraissait allégé. Comme si un mécanisme intérieur s’était remis en place sans bruit. Je repensais à sa manière d’être, à cette attention si respectueuse, qui ne demande rien et qui pourtant donne tant.
J’ai compris alors que certaines rencontres ne se construisent ni dans l’éclat, ni dans l’urgence, ni dans la promesse.
Elles se tissent dans la mesure, dans la courtoisie, dans le calme partagé.
Elles ressemblent à ces éléments qui, en s’unissant sans excès, deviennent indispensables.
Moi qui cherchais toujours des signes éclatants, j’ai enfin accepté que les vérités les plus précieuses se cachent dans les gestes les plus simples : un regard honnête, une parole juste, un silence respecté.
Cet après-midi-là, j’ai appris que la douceur peut porter davantage qu’on ne l’imagine, que l’attention peut éclairer sans jamais éblouir, et que l’écoute véritable peut transformer un instant ordinaire en souvenir durable.
Et j’ai compris surtout que certaines formules ne s’expliquent pas : elles se ressentent, comme une évidence tranquille.
H₂O.
La plus simple des harmonies.
La plus essentielle des présences.
Celle qui, cet après-midi-là, a pris la forme d’un échange dont la pureté demeure suspendue en moi, et qui me rappelle que parfois, tout commence par un geste aussi simple , et aussi élégant , que de tendre un verre … d’eau !
Une nouvelle magnifique… des lignes qui se dévorent d’une traite ! Si cette rencontre lisait ces mots, j’imagine qu’elle serait profondément émue de savoir que cette bribe de conversation vous ai inspiré à écrire de si jolies choses. Elle vous remercierait sans doute, vous répondrait que son écoute aussi attentive et sincère ne peut être engendrée que par un échange passionnant et d’une pureté rare. Merci
RépondreSupprimerMerci pour votre commentaire, il me touche.
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