Le caillou



Seul, face à l’océan, je laissais mes pensées s’envoler comme des oiseaux marins, libres de se perdre dans l’horizon. Devant moi, le Pacifique déployait ses forces, agité, bruyant, presque furieux. Il portait bien mal son nom aujourd’hui. Rien de pacifique dans ses grondements, rien d’apaisé dans ses vagues qui se brisaient contre la barrière de corail, immense et fragile à la fois.


La Nouvelle-Calédonie…

Ce « gros caillou » m’avait donné tant de visages, tant de paysages. Je n’oublierai jamais la baie des Citrons, où les soirs s’embrasent de lumières et de rires, ni l’Anse Vata, miroir mouvant des cerfs-volants dans le ciel. Le Cœur de Voh, vu d’en haut, m’avait un jour coupé le souffle, comme si la terre elle-même m’offrait une déclaration d’amour gravée dans son écrin de mangroves. Sur l’île des Pins, j’avais marché entre les pins colonnaires, gardiens immobiles dressés vers le ciel, tandis que l’eau translucide me rappelait qu’il existait des paradis encore préservés.


Et plus loin, dans les terres rouges de la Côte Oubliée, j’avais senti la rudesse et la solitude d’un monde brut, où l’homme n’est qu’un invité de passage. J’avais entendu les rivières couler à Hienghène, devant les roches noires qui se dressent comme des statues sacrées, et j’avais compris alors que certaines beautés ne se regardent pas seulement : elles se respectent.


Mais cette terre, autant qu’elle donnait, reprenait aussi. Elle m’avait volé des illusions, emporté des visages que je ne reverrai peut-être jamais. Comme l’océan qui donne la vie mais qui, parfois, avale sans prévenir, elle avait laissé dans mon cœur des blessures discrètes, des manques silencieux.


Pourtant, je le savais, cette île ne me quitterait jamais. Elle était entrée en moi comme le sel pénètre la peau. Elle avait coloré mes songes de ses verts profonds, de ses bleus infinis, de ses rouges flamboyants. Elle était devenue un refuge intérieur, une mémoire vivante.


Alors, face à l’océan tumultueux, je n’étais plus seulement un voyageur. J’étais une part infime de ce paysage, lié à lui par une invisible fidélité. L’océan grondait, me renvoyant l’écho de mes propres tempêtes. Mais dans son tumulte, il y avait aussi une vérité.


Je murmurai alors, comme une prière adressée à la mer et à la terre :

— Tu n’es pas pacifique… mais tu es vrai. Et c’est ainsi que je t’aimerai, toujours.



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