La magie des mots
Il existe un lieu que l’on ne trouve sur aucune carte. Un espace suspendu entre souffle et silence, entre l’encre invisible des songes et les battements lents du monde. Là, les mots naissent. Non pas écrits, ni parlés , mais ressentis. Ils flottent comme des poussières d’étoiles, légers ou lourds selon ce qu’ils portent.
Dans ce royaume de l’imaginaire, chaque mot possède une vibration. Certains chantent comme des sources claires, d'autres résonnent comme le tonnerre dans un désert vide. Il y a des mots-fleurs qui éclosent dans la lumière, et des mots-pierres qui coulent vers l’oubli.
Certains mots, depuis toujours, alourdissent l'air. Ils s'accrochent aux nuages, obscurcissent les jours, fanent les paysages. Ils ne crient pas, mais pèsent. Ce sont ceux qui enferment, qui referment, qui éteignent.
Alors, un souffle ancien, venu de l’intérieur du monde, décida de les faire taire. Non pas par violence, mais par douceur. Il les enveloppa dans un cocon de silence, les laissa s'endormir dans un sommeil sans retour. Et peu à peu, le ciel s’éclaircit.
Dès lors, un autre langage prit forme.
Ce langage ne blessait pas. Il caressait. Il ouvrait les portes au lieu de les verrouiller. Il faisait naître des sentiers là où il n’y avait que des murs. Les mots y dansaient, portés par la lumière. Il y avait des mots-pluie pour rafraîchir l’âme, des mots-feuilles pour suivre le vent, des mots-éclats pour réveiller l’aurore.
Chaque mot, choisi avec lenteur, devenait une semence. On ne les semait pas en terre, mais en mémoire, en silence, en souffle. Et ils poussaient. Parfois en poèmes. Parfois en soupirs. Parfois en silence pur, plus expressif que mille phrases.
On ne parlait plus de mal, mais de guérison. On ne parlait plus d’absence, mais d’attente silencieuse . Le mot "fin" se dissolvait dans la naissance du "commencement". Le "non" devenait "pas encore", et le "jamais" s’effaçait dans l’infini du "peut-être".
Ainsi se forma un monde de murmures et de lumière. Un monde où l’on ne parlait plus pour expliquer, mais pour ressentir. Où chaque son devenait vibration, et chaque silence, un chant.
Et depuis, dans ce monde de pure imagination, il n’est plus question de bannir les mots sombres. Ils n’existent simplement plus. Dissous dans la clarté de ceux qui construisent, qui élèvent, qui aiment.
Car dans n’importe quelle langue, il y a des mots qui transforment.
Et ceux-là sont la vraie magie.
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