La bourse ou la vie
Au sommet d’une montagne vivaient les Lunatix, peuple riche et arrogant.
Dans la vallée grouillaient les Cradox, peuple nombreux, bruyant et pauvre.
Les Lunatix possédaient tout : l’or, les lois, et jusqu’au pouvoir de dire ce qui avait du prix.
Les Cradox possédaient peu, mais réclamaient beaucoup. Chaque fois qu’on leur lançait un os à ronger, ils se battaient pour savoir qui en aurait la plus grosse miette, puis revenaient supplier qu’on leur en jette un autre.
Les Lunatix, las de ces jérémiades, tentèrent jadis de régler le problème par les guerres. On arma les Cradox, on les lança les uns contre les autres : on fit couler des torrents de sang. Mais les Cradox, obstinés, renaissaient toujours plus nombreux, comme si la misère les engraissait.
Alors, les Lunatix inventèrent une trouvaille plus subtile : la Bourse.
Un temple invisible où l’on n’adorait ni dieux ni idoles, mais de simples chiffres dansants. On promit aux Cradox qu’ici-bas, chacun pouvait devenir riche, à condition de courir assez vite.
Les Cradox s’y précipitèrent comme des ânes après une carotte : ils misaient leurs vies, perdaient leurs forces, et s’extasiaient à chaque mirage.
Pendant ce temps, les Lunatix, confortablement assis dans leurs palais, n’avaient plus besoin de guerres ni de massacres : les Cradox s’usaient eux-mêmes, heureux de troquer leur vie contre un peu d’espoir.
Quand certains, à bout de souffle, criaient : « La vie d’abord ! », les Lunatix répondaient en ricanant :
— “La bourse ou la vie ? Vous avez déjà donné la réponse.”
Et chacun retourna à sa place : les Lunatix au sommet, les Cradox dans la poussière…
Mais tous étaient convaincus que l’ordre du monde était juste, puisqu’il était rentable.
Morale : Celui qui croit pouvoir acheter sa liberté découvre toujours qu’elle avait déjà été vendue.
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